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L’envers de la médaille





L’annulation de la dette des pays pauvres a ses défenseurs, mais aussi ses contempteurs. Le Fonds monétaire international, une des institutions bancaires les plus concernées par cette mesure, ne voit pas d’un bon oeil la décision prise par le G 8. Selon le Fmi, le crédit est un moyen indispensable de financement du développement et, pendant des décennies, il a aidé les pays en développement à devenir des acteurs de l'économie mondiale. Or, la mesure prise ne serait pas de nature à encourager les créanciers, qui ont besoin d’être convaincus que les prêts pourront être remboursés et le seront effectivement.

Il avance que nombre d'autres pays pauvres auront besoin de concours extérieurs pour financer leurs besoins de développement, et une part croissante de ces besoins est couverte par des créanciers bilatéraux et multilatéraux à des conditions concessionnelles. L'annulation totale de la dette risquerait de compromettre ces concours. Elle ébranlerait aussi la confiance des investisseurs existants et potentiels, dont les fonds sont essentiels pour le développement à long terme des pays à faible revenu.

Le seul financement concessionnel autre que les apports de fonds des donateurs bilatéraux vient des organisations multilatérales, essentiellement des banques multilatérales de développement et du FMI. Ces flux concessionnels sont financés principalement par des crédits budgétaires des pays industrialisés et par le remboursement des prêts concessionnels accordés antérieurement par ces organisations. Bien entendu, l'ensemble des actionnaires pourrait créer une enveloppe budgétaire spéciale qui couvrirait le coût d'un allégement de la dette supplémentaire ou d'un nouveau financement des organisations multilatérales, mais à l'heure actuelle cette idée ne recueille guère d'adhésion dans les pays donateurs. « Dans ces conditions, quel serait l'effet sur ces organisations de l'annulation intégrale de la dette qui leur est due? », s’interroge le Fmi.

A suivre l’argumentaire développé par l’institution de Bretton Woods, l’annulation de la dette des pays serait en soi inutile et inefficace, puisqu’elle est dans la pratique effective depuis le lancement à la fin des années 70 d’une initiative dénommée PPTE, comprenez petits pays très endettés. Il s’agit d’un dispositif qui permet à 23 pays pauvres d’investir le tiers de leur dette dans des programmes de lutte contre la pauvreté.

« Ces pays reçoivent en moyenne environ 10 milliards de dollars par an sous forme de dons et de prêts concessionnels. Après l'allégement de la dette au titre de l'initiative, leurs obligations au titre du service de la dette tomberont à moins de 2 milliards de dollars par an (dont 10 % sont dus à la Banque mondiale et 12 % au FMI). En outre, un certain nombre d'États créanciers ont indiqué récemment qu'ils avaient l'intention d'accorder une remise de dette supplémentaire, en sus de celle déjà accordée dans le cadre de l'initiative. Ces mesures sont les bienvenues, mais il est essentiel que l'allégement ne soit pas accordé au prix d'une réduction des flux d'aide », soutient le Fmi.

Autrement dit, les stratégies de croissance et de lutte contre la pauvreté auront encore besoin d'un appui financier, ce qui, pour nombre d'entre eux, signifie qu'ils auront besoin d'une aide publique concessionnelle bien plus élevée pendant de longues années encore. Des préoccupations qui semblent bien comprises, puisque les pays riches viennent de décider, par la voix du président français Jacques Chirac, de compenser le gap de 40 milliards induit par la décision d’annulation, pour maintenir la capacité de financement des créanciers.